Rennes : un ancien détenu a imaginé un jeu pour sensibiliser les jeunes

Un aperçu de RPS (Remise de peine supplémentaire), le jeu de société de prévention de Arbi Madhaj .

 

Après sept ans passés derrière les barreaux, Arbi Madhaj a lancé, le mardi 28 juillet 2020, à Rennes, un jeu de société de prévention autour de l’univers carcéral. Baptisé RPS, pour « remise de peine supplémentaire », ce jeu est destiné à tous les publics, à partir de deux ans.

Après avoir passé sept ans en prison, Arbi Madhaj est sorti de détention fin mars 2020, pendant le confinement. En 2012, il avait été condamné à neuf ans de détention pour avoir géré le « marché rennais » d’un important trafic de drogue, qui alimentait tout l’Ouest de la France. Selon lui, avant l’expérience carcérale, il menait une vie plutôt facile avec « des belles voitures, des sorties en bars et en boîte de nuit tous les soirs ». Malheureusement, la prison a mis fin à ce luxe illusoire. « En prison tu découvres que ça ne vaut pas le coup. J’ai perdu sept ans de ma vie et j’ai causé des préjudices à ma famille », regrette Arbi aujourd’hui.

Un jeu développé avec l’aide d’un technico-commercial

Pendant son séjour carcéral, il a eu au moins tout le temps de méditer sur sa vie. Il a surtout eu l’idée de créer quelque chose d’instructif, alors qu’il faisait face à l’isolement, seul devant sa télévision. Arbi a imaginé le jeu de société RPS (Remise de peine supplémentaire) qu’il a mis au point à sa sortie, avec l’aide d’un technico-commercial du nom de Stéphane Penalver et de l’association AIPR (Ateliers d’Insertion du Pays Rennais). « C’est le premier jeu de prévention de la délinquance en France créé par un ancien détenu qui vient d’être libéré », se réjouit le quadragénaire. « C’est un outil de sensibilisation » précise-t-il. Arbi a lancé RPS le mardi 28 juillet, jour de l’anniversaire de son père.

« Sur une rencontre avec 20 gamins, si je peux en sauver deux ou trois c’est déjà bien »

Destiné à tous les publics, à partir de deux ans, RPS permet « d’informer sur ce qui se passe en prison » de façon ludique. Son principe : « Chaque participant tire une carte sur laquelle est inscrit un délit (violences conjugales, trafic de stupéfiants, vol…) et la peine qui va avec. Les joueurs avancent grâce à des dés sur un plateau qui compte 52 cases (comme le nombre de semaines dans une année). En fonction du résultat des dés, on peut bénéficier de remise de peine ou écoper de peines supplémentaires. Le but est de sortir de prison le plus rapidement possible », détaille le concepteur.

Avec son jeu, Arbi souhaite organiser des interventions de prévention auprès de jeunes dans les services de protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), les centres éducatifs fermés, les quartiers, les collèges et lycées qui ont des élèves décrocheurs. Il veut surtout sauver des vies, même s’il reste lucide : « Sur une rencontre avec 20 gamins, si je peux en sauver deux ou trois c’est déjà bien. », concède l’ancien détenu.

Une cagnotte en ligne pour financer son projet

Arbi a déjà fait produire 100 exemplaires de RPS et 1 000 autres sont prévus. Le jeu coûte 89 euros. Il dit être actuellement en contact avec des municipalités (Rennes et Brest) et avoir lancé une cagnotte en ligne pour financer son projet. Néanmoins, un soutien de l’Etat serait la bienvenue, d’autant que cela permettrait de faire des économies dans les recettes publiques. « En France, un détenu coûte en moyenne 32 000 € par an. Au vu de la population carcérale, cela représente plus de 2 milliards d’euros par an. J’espère qu’on pourra trouver un peu de sous pour la prévention. », complète-t-il.

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