Mort de Jean Pormanove : une nouvelle enquête ouverte

Le décès en direct du streamer près de Nice entraîne une nouvelle enquête visant la plateforme Kick, accusée d’avoir diffusé des contenus illicites.
Une mort qui choque et interroge

Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, est décédé à 46 ans lors d’une diffusion marathon sur la plateforme australienne Kick. Pendant plus de douze jours, il s’était montré soumis à des humiliations et violences infligées par deux individus. Ces séquences, suivies par près de 200 000 internautes, interrogent sur la complaisance d’une plateforme qui a laissé prospérer un contenu mêlant voyeurisme et cruauté.

Les spectateurs ont été les témoins directs d’un naufrage, oscillant entre spectacle scénarisé et brutalité réelle. Cette confusion entretenue par les promoteurs de la chaîne a permis à ces dérives de prospérer. Le voyeurisme numérique a ainsi franchi une étape dramatique, où la frontière entre divertissement et mise en danger volontaire a été totalement abolie.

La mort de Jean Pormanove a immédiatement suscité une vague d’indignation. Ministres, associations et experts du numérique alertent sur la banalisation de la violence en ligne. La société française découvre avec effroi l’existence de ces pratiques, souvent inspirées de tendances extrêmes venues d’Amérique ou d’Asie, qui prospèrent dans l’ombre des algorithmes.

Une justice mobilisée sur plusieurs fronts

Le parquet de Nice avait déjà ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes du décès. Les auditions visent à établir la responsabilité des agresseurs et à savoir si la victime avait consenti à ces violences. Mais la complexité de l’affaire tient surtout au rôle joué par la plateforme de diffusion.

Le parquet de Paris a ouvert une seconde procédure visant spécifiquement Kick, soupçonnée d’avoir diffusé sciemment des contenus portant atteinte à l’intégrité physique. Cette double saisine illustre la volonté des autorités de ne pas laisser ce drame se réduire à une affaire individuelle, mais de remonter jusqu’aux acteurs techniques qui en ont permis la diffusion.

Les responsables de Kick pourraient encourir jusqu’à dix ans de prison et un million d’euros d’amende. Au-delà des individus, c’est tout un modèle économique qui est interrogé : celui de plateformes cherchant l’audience à tout prix, quitte à tolérer l’inhumain. L’affaire Pormanove pourrait devenir un précédent judiciaire majeur.

La régulation des plateformes en question

Les enquêteurs devront déterminer si Kick a respecté le Digital Services Act, texte européen censé encadrer les géants numériques. Les obligations de modération et de retrait de contenus illicites n’ont manifestement pas été respectées. L’affaire devient ainsi un test grandeur nature pour la crédibilité des règles européennes.

La ministre déléguée au Numérique, Clara Chappaz, a annoncé vouloir attaquer la plateforme pour manquement à la loi sur la confiance numérique de 2004. Cette posture offensive traduit la volonté de l’État d’imposer sa souveraineté dans un domaine où les acteurs privés échappent souvent aux juridictions nationales.

Au-delà du cadre juridique, la mort de Jean Pormanove rouvre un débat plus large sur l’addiction au spectacle de la violence. La société doit interroger sa propre responsabilité : pourquoi des centaines de milliers d’internautes ont-ils assisté, sans réagir, à la descente aux enfers d’un homme transformé en produit de divertissement ?



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