Pays de la Loire : la ressource en eau sous pression, un scénario critique envisagé dès 2050
Un rapport régional sur le climat alerte sur un risque de pénurie d’eau dans les décennies à venir. Les tensions sur la ressource sont déjà observables, annonçant une situation préoccupante pour le territoire.
Le premier rapport spécial du Groupe Interdisciplinaire d’Experts sur le Climat des Pays de la Loire publié cette année s’intéresse à l’avenir de l’eau face au changement climatique. Pendant 83 pages, les chercheurs analysent les données, comparent les tendances climatiques et dressent des projections. Leur conclusion est sans détour : les précipitations actuelles et futures ne pourront plus compenser le déficit hydrique provoqué par des épisodes de sécheresse plus intenses et plus fréquents, aggravés par les caractéristiques géologiques du territoire et par les usages humains.
Des indicateurs météorologiques préoccupants
Les experts notent qu’en l’état, près de 90 % des masses d’eau superficielles de la région subissent déjà une forte pression : les prélèvements agricoles, industriels et domestiques fragilisent des cours d’eau qui peinent à se renouveler. Sans changement de trajectoire, la disponibilité en eau pourrait devenir insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins à l’horizon 2050.
Les tendances climatiques récentes ne prêtent guère à l’optimisme. Plusieurs hivers très secs — comme en 2022 et 2023 — ont réduit le niveau des nappes phréatiques. À l’inverse, les hivers humides génèrent un ruissellement massif que le sol ne peut absorber. Les crues qui en résultent inondent régulièrement les vallées et terres agricoles, sans pour autant recharger efficacement les nappes. Les épisodes pluvieux violents du printemps, tels que celui survenu à Craon en 2024, participent au même phénomène. Lorsque survient ensuite un été caniculaire, le niveau des rivières chute brutalement : certains tronçons de la Loire peuvent même être franchis à pied.
Au-delà du climat, la géologie locale complexifie la situation. Une large partie du territoire repose sur les formations peu perméables du Massif armoricain, limitant la capacité de stockage souterrain. La Loire — colonne vertébrale du réseau hydrographique régional — dépend par ailleurs largement des apports d’autres régions, elles-mêmes confrontées à leurs propres tensions hydriques.
Des usages croissants, une qualité en recul
La pression sur la ressource est aussi d’origine humaine. La croissance démographique, l’activité touristique, l’industrie et surtout l’agriculture accroissent la consommation d’eau malgré les efforts de rationalisation entrepris ces dernières années. La qualité de l’eau se dégrade parallèlement : le ruissellement des pluies transporte polluants et matières indésirables tandis que l’abaissement du niveau des cours d’eau favorise l’intrusion d’eau salée dans les estuaires, modifiant les équilibres naturels et menaçant les usages agricoles et domestiques.
Repenser la gestion pour éviter la pénurie
Pour les experts, la réponse doit être structurelle. Le rapport appelle à un changement profond de la gestion de l’eau, fondé sur une culture de sobriété et sur une solidarité accrue entre territoires. Les restrictions estivales imposées par arrêtés préfectoraux — désormais quasi annuelles dans les cinq départements — apparaissent non pas comme une solution durable mais comme un symptôme de l’urgence.
À l’aube d’une crise annoncée, la ressource en eau devient un enjeu stratégique majeur pour les Pays de la Loire. Entre adaptation, arbitrages et réorganisation des usages, le territoire devra composer rapidement avec un climat qui n’épargne plus grand monde.
