« Le bilan a été très lourd » : en Maine-et-Loire, la crue de février ravive le souvenir des inondations historiques
Les eaux montent, les regards se tournent vers les repères gravés sur les ponts et les quais. En ce mois de février 2026, la Loire et ses affluents gonflent dangereusement en Maine-et-Loire. Selon les dernières projections de Vigicrues, les niveaux attendus dans le secteur d’Angers et des Basses vallées angevines pourraient approcher ceux enregistrés lors des crues exceptionnelles de l’hiver 1982-1983. Un parallèle qui réveille une mémoire encore vive dans le département.
Un fleuve en furie pour Noël 1982
Pour comprendre l’émotion suscitée par l’épisode actuel, il faut remonter à la fin de l’année 1982. À l’époque, la Loire se transforme en véritable mastodonte d’eau. La crue naît de la montée presque simultanée de la Loire centrale, de la Vienne et du Thouet. En quelques jours, la situation bascule.
À Saumur, la cote d’alerte est atteinte le 21 décembre. Les jours suivants, les niveaux continuent de grimper. En aval, après la confluence avec la Maine, le pic est atteint le 24 décembre : 6,46 mètres à Montjean-sur-Loire. Un réveillon sous tension pour de nombreuses familles.
Les images de l’époque témoignent d’un fleuve débordant largement de son lit, envahissant les zones basses et encerclant certains quartiers. L’événement reste l’un des plus marquants du XXe siècle pour le département.
Des dégâts considérables et des évacuations
Dans une étude publiée en 1984 dans la revue Norois, le chercheur Jacques Jeanneau évoquait un « bilan très lourd ». L’île Offard, à Saumur, est submergée. À Angers, la zone industrielle de Saint-Serge, installée sur d’anciens marécages, se retrouve sous les eaux, tout comme les voies sur berges.
La commune des Ponts-de-Cé, bâtie en partie dans le lit majeur du fleuve, est particulièrement touchée. Routes coupées, villages isolés, exploitations agricoles inondées : le territoire est désorganisé pendant plusieurs jours. Environ 300 personnes doivent être évacuées, ainsi que du bétail. Le coût des dégâts se chiffre en dizaines de millions de francs, un montant considérable pour l’époque.
Pourtant, malgré l’ampleur de la crue, une catastrophe encore plus grande est évitée. Les levées, ces digues historiques construites le long de la Loire, tiennent bon à plusieurs endroits stratégiques, notamment à Saint-Georges-sur-Loire et à Saint-Jean-de-la-Croix. Autre élément déterminant : la station de pompage des Ponts-de-Cé, dont la puissance permet de préserver plus de 10 000 hectares dans la vallée de l’Authion.
Avril 1983, la répétition du cauchemar
À peine le temps de souffler que la Loire se rappelle au souvenir des habitants. Trois mois plus tard, au printemps 1983, une nouvelle crue majeure survient. Entre le 7 et le 15 avril, les niveaux atteignent de nouveau des hauteurs impressionnantes.
À Saumur, la cote de 5,34 mètres est relevée le 11 avril. À Montjean-sur-Loire, le fleuve atteint 5,92 mètres le 12. Si cet épisode est légèrement moins spectaculaire que celui de Noël 1982, il marque les esprits par sa proximité temporelle. Deux crues majeures en quatre mois : un enchaînement rare qui souligne la vulnérabilité du territoire.
Février 2026, un scénario inquiétant
C’est à l’aune de ces précédents historiques que se mesure aujourd’hui la crue de février 2026. D’après Vigicrues, les niveaux pourraient se rapprocher de ceux de décembre 1982 dans le secteur d’Angers, avec des hauteurs avoisinant 6,45 mètres au pont de la Haute-Chaîne.
À Montjean-sur-Loire, les prévisions les plus pessimistes envisagent une cote proche de 5,98 mètres. Un chiffre qui placerait l’épisode actuel à un niveau comparable à celui d’avril 1983. Sans atteindre nécessairement le pic absolu de Noël 1982, la crue en cours s’inscrirait parmi les événements marquants des dernières décennies.
Un territoire toujours exposé
Les Basses vallées angevines constituent une vaste zone d’expansion des crues. Cette spécificité géographique permet d’amortir partiellement les pics en aval, mais elle expose aussi des terres agricoles, des habitations et des infrastructures.
Depuis les années 1980, les dispositifs de prévention se sont renforcés : systèmes d’alerte plus performants, plans communaux de sauvegarde, entretien des digues. Les services de l’État et les collectivités surveillent de près l’évolution du fleuve, tandis que les habitants scrutent les bulletins hydrologiques.
Pour autant, la mémoire des crues passées rappelle que la Loire reste un fleuve puissant, capable de transformer en quelques heures le paysage ligérien. En 1982 comme en 1983, c’est la durée des épisodes, autant que leur hauteur, qui avait aggravé les conséquences.
En février 2026, la question est désormais double : jusqu’où montera l’eau, et combien de temps restera-t-elle à ces niveaux élevés ? Si les infrastructures ont gagné en robustesse, la prudence reste de mise. Car dans le Maine-et-Loire, l’histoire a montré qu’une crue exceptionnelle n’est jamais un simple débordement, mais un événement qui marque durablement les territoires et les mémoires.
