À Dunkerque, Greenpeace bloque un cargo et relance la polémique sur l’uranium russe

Des militants de Greenpeace ont immobilisé un navire dans le port de Dunkerque pour dénoncer la poursuite d’échanges nucléaires entre la France et la Russie. En pleine guerre en Ukraine, l’action vise à pointer du doigt des importations d’uranium jugées incompatibles avec les sanctions européennes.

Un blocage spectaculaire à l’aube

Lundi à l’aube, l’écluse du port de Dunkerque s’est transformée en théâtre d’une action coup de poing. Une vingtaine de militants de Greenpeace ont bloqué le cargo Mikhail Dudin afin d’empêcher le déchargement de sa cargaison. L’opération, entamée vers 4 h 10, était toujours en cours plusieurs heures plus tard, sous la surveillance des forces de l’ordre.

Certains activistes se sont enchaînés aux portes d’accès de l’écluse, tandis que d’autres encerclaient le navire à bord de kayaks. De grandes banderoles déployées sur place affichaient des messages explicites : « Uranium : EDF aime Poutine » ou encore « Stop aux contrats toxiques ». Des pancartes brandies depuis les embarcations exprimaient également leur « solidarité avec les Ukrainiens ».

Pour l’ONG environnementale, l’objectif est clair : dénoncer ce qu’elle considère comme une incohérence majeure dans la politique énergétique française depuis le début de la guerre en Ukraine.

Des soupçons sur la cargaison

Selon Greenpeace, le cargo immobilisé pourrait transporter de l’uranium en provenance de Russie, destiné au secteur nucléaire français. L’organisation affirme avoir observé à plusieurs reprises le déchargement en France d’uranium enrichi ou naturel arrivé à bord du même navire.

Le Mikhail Dudin assure régulièrement la liaison entre des ports russes — notamment Vistino, Oust-Louga et Saint-Pétersbourg — et Dunkerque. Les données de navigation accessibles au public montrent qu’il a effectué plus de vingt rotations depuis février 2022, date du lancement de l’offensive russe à grande échelle contre l’Ukraine.

Greenpeace dénonce un manque de transparence sur la nature exacte des cargaisons transportées. « Qu’y a-t-il dedans aujourd’hui ? » interroge l’ONG, estimant que seuls les industriels concernés disposent des informations précises. Elle réclame une clarification sur ces flux commerciaux jugés opaques.

Un commerce nucléaire au cœur des critiques

Depuis le début du conflit, la question des échanges énergétiques avec Moscou reste sensible. Si l’Union européenne a adopté plusieurs paquets de sanctions visant la Russie, le secteur du nucléaire civil n’a pas été visé de manière globale.

La France, dont l’électricité repose en grande partie sur l’atome, entretient historiquement des relations industrielles avec la Russie dans ce domaine. Le géant public russe Rosatom demeure un acteur incontournable de la chaîne mondiale d’approvisionnement en combustible nucléaire.

Greenpeace considère que la poursuite de ces échanges constitue une faille dans le dispositif de sanctions. L’organisation estime que ces transactions contribuent indirectement à soutenir l’économie russe, et donc, selon elle, l’effort de guerre du Kremlin.

Un trafic régulier entre Dunkerque et la Russie

Le Mikhail Dudin n’est pas le seul navire pointé du doigt. Un autre cargo, le Baltiyskiy-202, a également assuré de nombreuses liaisons similaires selon l’ONG. Tous deux naviguent sous pavillon panaméen et appartiennent à des sociétés enregistrées à Hong Kong, d’après les registres maritimes internationaux.

Ces allers-retours répétés illustrent, pour les militants, la continuité d’un commerce discret mais stratégique. Les données douanières françaises indiquent qu’en 2025, la France a importé au moins 112 tonnes d’uranium enrichi et de composés associés en provenance de Russie. Cela représente environ un quart des volumes achetés à l’étranger cette année-là, une proportion comparable à celle de 2024.

Toutefois, ces importations ont diminué par rapport aux niveaux observés en 2022, au début de la guerre. Les flux ont donc été réduits, mais pas interrompus.

Un débat énergétique et politique

L’action de Greenpeace intervient dans un contexte où la question de l’indépendance énergétique est particulièrement sensible. Pour les autorités françaises et les industriels du nucléaire, sécuriser l’approvisionnement en combustible est essentiel pour garantir la continuité de la production électrique.

Les défenseurs de ces échanges soulignent que le combustible nucléaire ne peut être remplacé du jour au lendemain et que la diversification des fournisseurs nécessite du temps. À l’inverse, les ONG environnementales estiment que la France devrait accélérer la rupture avec toute dépendance vis-à-vis de la Russie.

Au-delà de l’aspect énergétique, l’action menée à Dunkerque vise aussi à interpeller l’opinion publique. En bloquant physiquement un navire, Greenpeace cherche à rendre visible un commerce peu médiatisé mais aux implications géopolitiques importantes.

Une tension appelée à durer

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, les débats sur les relations économiques avec Moscou restent vifs. L’initiative des militants pourrait relancer la discussion sur l’étendue des sanctions européennes et sur la cohérence des politiques nationales.

À Dunkerque, le blocage du cargo aura au moins réussi à attirer l’attention sur ces flux maritimes discrets mais stratégiques. Reste à savoir si cette action symbolique débouchera sur des évolutions concrètes ou si le commerce de l’uranium entre la France et la Russie continuera, malgré les critiques, à alimenter les centrales nucléaires françaises.

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