Jura : un nouveau panneau routier pour protéger les lynx des collisions

La mortalité du lynx boréal sur les routes reste une préoccupation majeure dans le massif du Jura. Pour tenter de réduire le nombre de collisions, les pouvoirs publics vont expérimenter à partir de cet automne une nouvelle signalisation spécifiquement consacrée à l’animal.

Les automobilistes circulant dans le Jura, le Doubs et l’Ain vont bientôt découvrir un nouveau panneau sur certains axes. Les ministères de l’Intérieur, de la Transition écologique et des Transports ont donné leur feu vert à une expérimentation menée dans le périmètre du Parc naturel régional du Haut-Jura.

Entre septembre et octobre 2026, des panneaux représentant un lynx boréal doivent ainsi apparaître le long de plusieurs routes particulièrement fréquentées par l’espèce. Le dispositif concernera notamment les nationales N5 et N57, mais également différentes routes départementales du Jura, du Doubs et de l’Ain.

L’objectif est simple : rendre les conducteurs davantage attentifs à la présence possible de lynx et les inciter à adapter leur vitesse dans les secteurs les plus exposés. Le Cerema, organisme public spécialisé dans les mobilités et l’aménagement, sera chargé d’étudier les effets de cette nouvelle signalisation sur le comportement des automobilistes.

Un panneau spécialement conçu pour le lynx

Jusqu’à présent, la signalisation routière française ne disposait d’aucun panneau représentant spécifiquement le lynx. Pour avertir les conducteurs du passage d’animaux sauvages, le panneau réglementaire traditionnel représente un cerf.

Les autorités ont donc travaillé à une adaptation du panneau A15b consacré au passage d’animaux sauvages. Le nouveau visuel reprend ses principaux codes mais remplace le cervidé par la silhouette d’un lynx. Des panonceaux pourront également préciser la longueur de la zone concernée ou comporter des recommandations de vitesse.

Interrogé par TF1info, Julien Barlet, chargé de mission milieux naturels au Parc naturel régional du Haut-Jura, explique que la création d’un panneau susceptible d’être officiellement approuvé a nécessité un important travail avec les autorités.

L’expérimentation doit durer trois ans. À terme, ses promoteurs espèrent que le dispositif pourra être utilisé dans d’autres territoires français où le lynx est présent.

53 collisions recensées en trois ans en Bourgogne-Franche-Comté

La question est particulièrement sensible dans le massif jurassien, principal territoire du lynx boréal en France. Environ 150 individus y seraient présents, soit près de 80 % de la population française. L’espèce est strictement protégée et classée « en danger » sur la Liste rouge nationale.

Les collisions avec des véhicules constituent aujourd’hui l’une des principales menaces pesant directement sur l’animal. Une vingtaine sont encore recensées chaque année. Pour la seule Bourgogne-Franche-Comté, 53 accidents impliquant des lynx ont été comptabilisés entre 2022 et 2024.

Les jeunes animaux peuvent être particulièrement exposés lorsqu’ils quittent leur territoire d’origine pour chercher un espace où s’installer. Les accidents peuvent également avoir des conséquences indirectes sur les portées lorsqu’une femelle est tuée.

Le cas de Ravi en a récemment fourni une illustration. Ce jeune lynx faisait partie d’une fratrie de quatre animaux recueillis par le Centre Athénas après la mort de leur mère, percutée par une voiture. Seul survivant de la fratrie, il a finalement pu être relâché dans le massif du Jura au printemps 2026.

Des initiatives locales désormais étendues aux grands axes

La mise en place de cette signalisation répond également à plusieurs années de mobilisation des associations de protection de la faune. Le Centre Athénas avait notamment lancé dès décembre 2023 une campagne destinée à équiper les communes de panneaux préventifs signalant la présence du lynx.

Environ 200 panneaux avaient alors été proposés aux municipalités. Cette démarche rencontrait toutefois une limite importante : ces dispositifs non réglementaires ne pouvaient pas être librement installés sur les routes départementales et nationales, où les véhicules circulent généralement à des vitesses plus élevées.

L’expérimentation autorisée par l’État permet désormais de cibler ces axes majeurs. Le projet bénéficie notamment d’un financement du ministère de la Transition écologique et du WWF, par l’intermédiaire de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), dans le cadre du Plan national d’actions consacré au lynx.

Les trois années d’expérimentation permettront de déterminer si cette signalisation spécifique conduit effectivement les automobilistes à ralentir et, surtout, si elle contribue à réduire le nombre de collisions avec le félin.

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